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La CEEAC, le Hosanna Kabila

A la lecture du communiqué final du sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) consacré à la crise tchadienne, sommet organisé à Kinshasa le 10 mars 2008, il nous semble que cette crise tchadienne n’a été que le prétexte à cette rencontre qualifiée, avant même qu’elle ne commence, d’inutile.

Alors pourquoi tout ce cinéma ?

Depuis 1983, année de sa création, les missions de la CEEAC se déclinent en de missions de coopération économique, d’établissement d’une zone douanière commune avec son corollaire de suppression de toute entrave à la libre circulation aussi bien de biens que de personnes et en 1999, s’est ajoutée à ces nobles missions celle tout aussi noble de la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique centrale.

Lorsque le Rwanda se retire de cette organisation en 2007, son ministre des affaires étrangères de l’époque dira, de manière très réaliste qu’au lieu « de rester au sein de la CEEAC et de ne pas donner le meilleur de nous-mêmes, nous avons pensé qu’il était mieux de se retirer et de se consacrer à notre appartenance à l’est. Parce que, naturellement, nous y sommes et nous commerçons avec eux à plus de 80%. Toutes nos importations et toutes nos exportations transitent par les pays de cette communauté »

Ce réalisme était une manière polie et certainement très diplomatique de stigmatiser l’inutilité de la CEEAC, inutilité qui vient de trouver l’expression de sa pleine dimension dans les résolutions du sommet extraordinaire tenu à Kinshasa.
En effet, nous pouvons toujours ergoter sur le volume d’échanges commerciaux entre la RDC et la RD de Sao Tomé et Principe ou encore sur l’envie de citoyens gabonais de s’installer au Tchad tout comme nous pouvons nous interroger sur le soutien du gouvernement et du peuple guinéen aux souffrances des femmes violées à l’Est de la RDC.

La CEEAC n’existe tout simplement pas, tout comme n’existe pas l’expression de libertés démocratiques dans cet espace CEEAC, alors n’est-il pas tout simplement ridicule lorsque le sommet de Kinshasa dans sa première résolution condamne le recours aux armes et autres voies non constitutionnelles comme modes d’accession au pouvoir ?
Est-ce pour conforter le camerounais Paul Biya dans sa volonté de modifier la constitution de son pays, déni de démocratie qui est une voie non constitutionnelle d’accession au pouvoir ?

Et que dire de la quatrième résolution par laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC s’engagent à organiser une assistance d’urgence en faveur du Tchad alors que leur population respective meure de faim.
Ne vient-on pas de voir la police camerounaise ouvrir le feu sur leurs concitoyens qui manifestaient contre la cherté de la vie, qui demandaient juste à manger et lorsqu’on sait qu’à Kinshasa, capitale de la RDC, on meurt par manque d’un comprimé d’anti-paludisme et qu’un grand nombre de personnes se contente d’un peu d’arachides, de pain sec et d’eau comme unique et principal repas de la journée, cette résolution n’est qu’une insulte, une de plus, faite par certains dirigeants africains à leur peuple, chosifié et clochardisé.

Quant à la cinquième résolution, c’est tout bonnement grotesque et cela confine à un manque de courage politique dans le chef de dirigeants de la CEEAC lorsqu’ils se félicitent de l’amorce du déploiement des troupes de l’Eufor au Tchad pour raison humanitaire. N’est-ce pas cela la principale mission sécuritaire de cette organisation, la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique centrale ? Compter sur les européens et se féliciter de leurs actions, est-ce cela sl’expression de la diplomatie de développement si chère au président en exercice de la CEEAC, le congolais Joseph Kabila ?

Non, la CEEAC n’existe pas et le seul fait marquant du sommet de Kinshasa aura été la contribution et la participation active de chefs d’Etat de la CEEAC dans la « résurrection » de Joseph Kabila qui, par ses absences répétées lors de rencontres africaines et internationales, avait d’une part et sans raison apparente couper les ponts avec ses pairs et d’autre part avait pris ses distances, toujours sans raison apparente, avec son « peuple » qui le donnait même pour mort.

Il est donc bien vivant !
Hosanna, diront ses thuriféraires mais Kabila, c'est-à-dire le Congo devra, un jour ou l’autre payer l'addition, pourquoi pas en associant, très activement aux côtés de chinois, le cartel de présidents CEEAC, aux cinq chantiers destinés à placer la RDC sur l’orbite de la prospérité.

Eh oui, toujours un peu plus de monde pour dépiécer la bête agonisante !

Jean-Eric Badibanga,
mercredi 12 mars 2008