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Drôle de guerre!

Depuis hier mercredi 15 octobre 2008, l’opinion publique congolaise est surprise d’entendre annoncer, par le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, le retrait unilatéral des troupes des FARDC du front de Tongo, dans le cadre de la mise en application du plan de désengagement et pour faciliter le départ de toutes les troupes dans les centres de brassage.
Pour info, les FARDC venaient de reprendre au CNDP ce front de Tongo quelques heures auparavant après d’intenses combats à l’arme lourde et de longue portée.

Si M. Paluku, en parlant du plan de désengagement et de troupes qui doivent rejoindre les centres de brassage, fait référence au Programme Amani, alors là nous sommes dans une drôle de guerre car dans une guerre conventionnelle, les armées en conflit ont pour objectif d’anéantir l’ennemi en occupant le terrain. Ici, tout se passe comme dans une valse de trois, deux pieds j’avance, un pied je recule.
C’est ainsi que le CNDP après avoir « conquis de haute main » le camp militaire de Rumangabo, s’était retiré de ce camp, en le laissant aux FARDC, en signe, tenez-vous bien, de bonne volonté afin de permettre au gouvernement congolais de trouver un cadre pour poursuivre les discussions. Exprimant ainsi, de manière très explicite, son rejet du Programme Amani dont les officiels congolais vont pourtant se prévaloir quelques jours plus tard pour demander à nos troupes de se désengager d’un front acquis chèrement au prix de leur vie.

Drôle de guerre que cette guerre où, alors que la victoire militaire est possible aussi bien dans un camp que dans l'autre, chacun semble refuser cette victoire dans l’objectif inavoué d’avoir une monnaie d’échange plus contraignante en main pour négocier quelque chose que l'on imagine aisément plus importante que la paix en elle même.
Si le CNDP a tout à gagner dans ce genre de paradoxes, il n’en serait pas de même pour l’armée congolaise et son peuple.

Drôle de guerre que cette guerre du Kivu, une guerre sans chiffres.
Quelle est la portion du Kivu que Nkunda occupe réellement ? Personne ne le sait.
Quelle est la quantité et la nature d’armes « offertes » à Nkunda à Mushake et à Rumangabo ? Personne ne le sait
Quelles sont les pertes en hommes de notre armée et les pertes civiles ? Mystère !

Curieusement, le seul chiffre sur lequel tout le monde s’accorde, avec une précision presque diabolique, c’est le nombre de déplacés, déplacés qui permettent de justifier la présence dans cette drôle de guerre des humanitaires occidentaux et de la Monuc.

Pas dès lors étonnant que “No Nkunda, no job” soit l'hymne populaire de cette drôle de guerre!

Jean-Eric Badibanga,
jeudi 16 octobre 2008